Vulnérabilités du patrimoine Récifal

10-12 Dec 2019
Maison des Sciences de l'Homme (MSH-Sud) - Montpellier (France)

http://vulpare.sciencesconf.org

De nombreux chercheurs en biologie ou écologie travaillent sur les récifs coralliens dans diverses UMR ou Universités. D’autres chercheurs en anthropologie, économie, géographie, dans d’autres UMR ou Universités françaises, s’intéressent eux aussi aux récifs coralliens. Ce colloque cherche à rompre le confinement institutionnel et à réunir des chercheurs en sciences humaines et sciences naturelles désireux de confronter des points de vue différents sur des thématiques relatives à de nouveaux enjeux (changement climatique, globalisation économique et culturelle et crise écologique). Il ne s’agira pas de traiter de la « gestion intégrée ‘des zones côtières », approche pluridisciplinaire des chercheurs spécialistes des milieux marins, de la gouvernance et l’exploitation de ces ressources et espaces naturels. C’est autour des deux concepts « Vulnérabilité » et « Patrimoine », transverses et pluriels, que nous souhaitons appeler aux débats. La « vulnérabilité » est un concept imprécis, employé par la plupart des disciplines dans des acceptions diverses. Elle peut être définie comme le niveau de dommage qu’un système est susceptible de subir après l’exposition à un risque, ou comme une caractéristique intrinsèque d’un système ayant une propension à subir des dommages, ou encore comme la probabilité d’être soumis à un évènement préjudiciable (et donc parfois aussi la probabilité de l’évènement même). Cette définition imprécise débouche sur une grande variété de conceptions dont la pertinence et l’évaluation peuvent dépendre du contexte géographique, économique et culturel et des échelles d’analyse. Sa mesure, sa signification, son usage diffère selon que l’intérêt se porte sur la caractérisation des causes, processus et évolutions qui sont sources de fragilité, sur l’identification d’éléments vulnérables ou sur les conséquences et les dommages éventuels (approche explicative ou descriptive). Quelles que soient les définitions et les mesures, la « vulnérabilité » des écosystèmes récifaux et des sociétés qui les exploitent traditionnellement est considérée comme un état de fait sur lequel s’accordent les chercheurs de diverses disciplines. Ce constat interdisciplinaire sur une situation de crise écologique et de crise des rapports entre l’Homme et la Nature, oblige à se focaliser sur la question de la conservation et de la protection et à analyser le réseau d’interactions entre diverses composantes (humaines, économiques, biologiques, chimiques et physiques, etc.) de ce socio-écosystème. Des éléments ou fonctions clés de voute dans des chaines de causalités et de conséquences peuvent avoir leur origine dans la sphère humaine ou économique, biologique ou climatique et leur analyse nourrit les échanges entre disciplines. Il est habituel pour les sciences naturelles d’évaluer des états, des processus ou des évolutions environnementales par des observations et des mesures quantitatives alors que les méthodes d’analyse en sciences humaines sont essentiellement qualitatives. Mais cette division entre approches quantitatives et qualitatives se retrouve aussi au sein de certaines disciplines en sciences humaines et sociales. Il n’est pas rare non plus que les naturalistes s’emparent de problématiques économiques et sociales mais c’est toujours avec les méthodes quantitatives propres à leurs disciplines. La question de la méthode et les transferts de méthodes ou de techniques entre disciplines révèlent parfois des communautés de point de vue et apportent de nouvelles inspirations et des innovations. Nous souhaitons que ce colloque sur des concepts transversaux mais différemment appropriés et étudiés soit l’occasion d’un dialogue qui permette de dépasser la division qualitatif/quantitatif. S’interroger sur la vulnérabilité du patrimoine récifal, impose de s’interroger d’abord sur ce qu’est le « patrimoine récifal ». Le patrimoine est aussi un concept partagé avec des compréhensions ou des utilisations qui peuvent être différentes selon les disciplines et les contextes. Le concept de patrimoine s’apparente à celui de propriété ou d’appropriation et donc également à celui de la transmission, de la conservation et de protection. Vulnérabilité (que l’on peut aussi considérer comme la face négative de la Résilience) et Patrimoine sont deux notions qui, in fine, renvoient aux problèmes plus familiers de la conservation et de la protection. On pourrait donc se demander, au regard de ces enjeux, comment et pourquoi ces termes ont émergé dans la communauté scientifique, si cela a facilité ou au contraire apporté de la confusion aux débats inter et intra-disciplinaire, si cela a permis de renouveler ou pas la problématique de la conservation et de la protection. Il est habituel pour définir le patrimoine, de lui attacher différents adjectifs. Un patrimoine peut être économique, culturel ou identitaire, et dans ce cas le patrimoine sera plutôt individuel ou local. Il peut être naturel et dans ce cas le patrimoine aura un aspect plus global, il pourra être un patrimoine inapproprié jusqu’à constituer un « patrimoine mondial de l’Unesco ». Les termes ont une histoire et ce n’est que récemment que les termes de « patrimoine naturel », « patrimoine mondial », « patrimoine universel de l’humanité » sont apparus marquant une sensibilité pour la protection des espaces naturels en leur attribuant une valeur d’existence et non plus seulement d’usage, reflétant aussi l’uniformisation de certaines valeurs et représentations. Ces évolutions sémantiques et conceptuelles accompagnent les évolutions économiques, démographiques, sociales, culturelles vers une globalisation de plus en plus accentuée. Cette globalisation façonne l’anthropisation accrue de l’environnement, modifie les représentations de la Nature, développe de nouveaux usages, de nouveaux modes de gouvernance, de nouveaux droits, de nouvelles formes de réseaux marchands. La patrimonialisation de la Nature est un mouvement acquis mais, assez récent, il mérite que l’on s’interroge sur le sens des reconfigurations en cours. Une récente étude , menée sur 2500 récifs coralliens, peuplés et exploités ou inhabités, situés dans des pays riches et des pays pauvres, a montré que les zones récifales dont l’état de santé est deux fois supérieur à celui de la moyenne des récifs (Bright Spots) et celles dont l’état de santé est deux fois inférieur (Dark Spots) se distinguent par une combinaison de facteurs environnementaux et socio-économiques qui se renforcent favorisant la résilience ou la vulnérabilité des récifs. Les Bright Spots sont caractérisés par la concomitance d’un système de gouvernance traditionnel ou/et un engagement local dans la gestion des ressources ET l’existence de zones d’eaux profondes alors que les Dark Spots sont caractérisés par la concomitance d’une histoire récente de chocs environnementaux (blanchissement, cyclones) ET l’existence de technologies de pêche plus efficaces ou de moyens importants de traitement ou de stockage du poisson. Mais ils remarquent que c’est surtout le développement de marchés importants et des routes qui incitent à la surexploitation et dégradation des récifs et les instruments de gestion locale qui favorisent la conservation des récifs Ce colloque accueillera toutes études de cas, études de synthèse ou analyses sur les facteurs environnementaux et socio-économiques qui ont un impact sur la vulnérabilité des récifs coralliens et les relations entre ces deux types de facteurs. En particulier elles pourront concerner : • La vulnérabilité écologique face aux perturbations climatiques et anthropiques (structure et fonctionnement des réseaux trophiques ; géomorphologie et interactions terre-mer, sédimentation, déforestation, pollution ; surexploitation halieutique ou touristique). La patrimonialisation de la Nature a pour corollaire la conservation et la protection de ces espaces, généralement par des aires protégées : quelle zone, quelle taille, quels bénéfices, quelle gouvernance et financement pour ces aires protégées, quelle place pour les populations locales (préserver, partager ou confisquer ?). Evolution technologique et ciblage spécifique : le développement des réseaux d’exportation marchands a pour corollaire la diversion de l’effort de pêche sur certaines espèces. Ces prélèvements sélectifs massifs perturbent les réseaux trophiques de ces écosystèmes (effets cascades, espèces clef de voute) caractérisés par une grande diversité biologique et augmente leur vulnérabilité écologique. • La globalisation et le déplacement de l’échelle de la gouvernance du local au global : nouvelle valorisation, nouvelles formes d’appropriation et nouveaux usages, nouvelles gouvernances des récifs coralliens; insertion des réseaux d’exploitation de la production halieutique dans un système mondialisé. La vulnérabilité économique, culturelle et identitaire des sociétés et communautés locales provient en partie du changement climatique mais surtout de l’évolution des systèmes économiques et sociaux auxquels elles sont soumises. Les rapports de pouvoirs et les formes de domination (domination économique, domination scientifique, domination des systèmes de valeur, des représentations et de la communication) diffèrent selon l’échelle spatiale (régionale, nationale, internationale) de ces systèmes. L’environnement naturel (et patrimonial) d’une communauté lorsqu’il est le support de son devenir économique et de sa survie, façonne son identité, sa culture, détermine le système d’appropriation et de gouvernance de ce milieu. Les modes traditionnels d’appropriation et d’exploitation des récifs coralliens par les populations présentent de nombreuses similitudes quels que soient les océans, essentiellement l’existence de faisceaux de droits et d’obligations sur un continuum terre-mer transmis par héritage. Ces systèmes traditionnels d’appropriation et de gouvernance de patrimoines locaux ont été présentés comme favorables à une bonne gestion des récifs coralliens et leur disparition comme une cause de leur dégradation . L’impact de la globalisation sur la vulnérabilité des récifs coralliens et des communautés locales se pose donc aussi en termes de « patrimoine récifal ». Etudier les processus de « patrimonialisation », en tant qu’effacement, ou reconfiguration, d’un patrimoine récifal « culturel » et local au profit d’un patrimoine « naturel » et global (processus de dépossession), étudier les conséquences de ces processus en termes de nouvelles représentations, nouveaux usages et nouveaux bénéficiaires, étudier l’impact de ces processus sur l’efficacité de la protection et de la conservation des récifs coralliens semble important. Le processus de patrimonialisation peut être un processus de dépossession et d’appropriation par de nouveaux acteurs, en particulier par ceux de la filière touristique dont il n’est pas prouvé, malgré les arguments avancés (exploitation d’image vs exploitation biologique), qu’elle soit protectrice des récifs coralliens (la dégradation des récifs par la surexploitation touristique a été établie par de nombreuses recherches).
Scientific domain : Quantitative Finance - Cognitive science - Environmental Sciences - Sciences of the Universe - Life Sciences - Humanities and Social Sciences

Place of the conference
Online user: 237 |  Contact |  About |  RSS
Sitemap