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Comment parler d'environnement? Héros/Hérauts et communication environnementale

9-11 Dec 2020
Aix-en-Provence - Aix-en-Provence (France)
La Terre a-t-elle besoin de héros et de hérauts pour qu'on puisse la sauver, la protéger ? Des expositions au titre évocateur en passant par les "petits pas" de Nicolas Hulot qui a démissionné le 28 août 2018, à l'antenne d'une radio nationale française France Inter, nous n'avons de cesse de nous trouver confrontés à ce problème crucial : comment communiquer sur la crise environnementale. Ce colloque propose d’analyser les mécanismes communicationnels et les facettes de ce souhait de mobilisation porté par les hérauts, professionnels ou non de la communication et des héros de l’environnement (Schneiter, 2018) , héros ordinaires ou activistes écologistes d'une guerre silencieuse. Anthropocène, zadistes, tenants du “care”, antispécistes, éco féministes, transhumanistes, collapsologues… Notre époque est traversée par des mouvements qui visent différents types de changements, parfois contradictoires. L’avant Covid-19 a vu une montée des préoccupations écologiques dans notre prisme quotidien relativement forte, entre marches du climat et profession de foi des élections municipales. Ceci a impliqué en particulier une partie de la génération dite “Z”. « Réinventer l’humanité » titrait Le monde diplomatique en avril 2020 (Pieiller, p. 12). Mais dans cet espace public ouvert, aux arènes multiples qui portent des discours environnementaux parfois différents, qui émerge ? Qui représente ? Qui incarne ? Ce colloque a pour objectif de proposer une première réponse à ces questions, en posant une question purement communicationnelle focalisée sur un aspect, crucial, de tout discours : quid de l’émetteur ? « A-t-on vraiment besoin de nouveaux héros/hérauts ? » pose à la fois la question de l’importance du locuteur dans l’émission des messages environnementaux mais également, et plus largement la question de sa place dans la réception. Que sait-on de l’appréhension populaire des porte-drapeaux ? Quelle chance ont ces adolescents d’aujourd’hui pour porter les messages ? Doit-on chercher la familiarisation, la popularité, ou la complexité scientifique ? Comment analyser l’éthos (catégorie ancienne, remise à l’ordre du jour par la nouvelle rhétorique et les recherches en analyse du discours, ex. : Maingueneau , Giaufret etc. ) des personnages qui incarnent et portent la parole des mouvements pro (et contre) la protection de l’environnement ? Au-delà, cette thématique ouvre le champ de nos réflexions à la question de la cristallisation. La cristallisation serait le fait de prendre corps, faire converger des éléments épars, transformer le diffus, l’inorganisé, l’imprécis en quelque chose de fort, cohérent, précis, concret. C’est une façon également de figer temporairement les points de vue, de les armer symboliquement et de les rendre signifiants. Les hérauts de l’environnement, de Greta Thunberg aux membres actifs des associations environnementalistes voire extrémistes, participent à la cristallisation des enjeux et des questions environnementales. Le phénomène de cristallisation pose bien entendu la question du champ sémantique, de la formulation, de la fixation de points de vue et d’idées mais aussi la création d’une communauté linguistique (Raccah, 2011 :138). Il pose aussi la question de la prise de corps et la matérialisation d’un message. Quid des nouveaux youtubeurs et leurs capsules écolos, des réalisateurs de documentaires, de la Convention citoyenne pour la transition écologique, des collectifs citoyens et de leur positionnement au sein d’un dispositif communicationnel (Carré, 2009) ? Il s’agit aussi bien de narrativité que de storytelling, comme il s’agit d’incarnation des messages. Nous interrogeons donc le périmètre communicationnel opéré par le symbolique, incarné, avec comme immédiates conséquences les questions d’abstraction, de la distanciation ainsi que celle de l’objectivation (Abram, 1997 , Lease, 1995 ; Valladolid & Apffel-Marglin, 2001) ou, au contraire, celle de popularisation et de marchandisation de l’environnement (Milstein, 2007). Thomas Rosteck et Thomas Frentz (2009) ont démontré dans leur recherche que Al Gore est resté un porte-parole apprécié du mouvement écologique, mais qu’il était trop distant et trop éloigné de la population pour créer un mouvement d’émulation. Dans la même logique, Turner (2016) dresse un constat mitigé de l’efficacité de l’utilisation d’une égérie dans les discours environnementaux, en mettant principalement en cause leur statut environnemental contradictoire (ils sont aussi des symboles du capitalisme Hollywoodien) alors que parallèlement ce mouvement est devenu de plus en plus populaire, prenant même le nom de Celanthropie aux Etats Unis (participation volontaire de célébrités dans des œuvres humanitaires) (Rojek, 2012 : 67) . Rojek (2012) évoque ainsi des logiques de boucles négatives, Cooper (2016) démontre leur ambivalence, qui attire soit l’admiration soit la critique voire même le ridicule, et leur ambiguïté. Turner ira jusqu’à se demander si cette ambiguïté n’est pas particulièrement volatile justement parce qu’il s’agit de thématiques environnementales incompatibles avec certaines logiques commerciales (Turner, 2014, Turner, Bonner, Marshall, 2000) . Alors, comment parler d’environnement ? « A-t-on vraiment besoin de nouveaux héros/hérauts ? » La question que nous posons ouvre un large champ de réflexion, aussi bien sur le contenu et la constitution sémiotique de la communication environnementale que sur un champ plus pragmatique de la persuasion, de la réception et de la circulation des messages. Les communications pourront éventuellement porter sur les thématiques suivantes, ou être transversales : • Les récits des héros : comment les figures héroïques sont construites, les modalités de “glorification”, la mise en discours des martyrs (dimension narratologique). • Les trajectoires des “héros/hérauts”. • La professionnalisation (comment parlent-ils/elles ?), • Les héros/hérauts dans la communication stratégique (ONG, associations, entreprises, institutions, think tanks…) • Les mobilisations spontanées et l’apparition des porte-paroles • Les critiques et polémiques • Représentation dans les médias, cultures médiatiques et industries culturelles (cinéma, séries TV, romans, BD et dessins animés, expositions etc.), journalisme (récit des héros de l’environnement) • Médiateurs humains de non humains (animaux, plantes) : scientifiques, passionnés, etc. • Influence, e-fluence et influenceurs-seuses en ligne • Pratiques et discours publicitaires et promotionnels • Les questions d’incarnation et de popularité • Les hérauts/héros non humains (animales, plantes)
Scientific domain : Library and information sciences

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