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Asiatiques et Provençaux – regards croisés

22-23 oct. 2020
Marseille, Aix Marseille Université, campus Saint Charles - Marseille (France)
L’imaginaire exotique des Provençaux s’est, pendant des siècles, nourri de la fascination de l’Empire ottoman, de la fréquentation des Echelles du Levant ou des relations avec les ports du Maghreb : avant le XIXème siècle, les relations avec l’Asie orientale passaient plus volontiers par l’Atlantique que par la Méditerranée. Après les guerres de l’opium toutefois (1840 puis 1860, où un système de transbordement est mis en place entre la Méditerranée et l’Océan indien) et surtout après l’ouverture du canal de Suez en 1869, Marseille et Toulon deviennent les têtes de pont vers l’Extrême-Orient, supplantant seulement alors Bordeaux ou Lorient. A partir de ce moment, de nombreux Provençaux se sont établis en Asie tout en conservant des liens avec leur petite patrie, ce qui a entraîné un flux d’informations, de pratiques culturelles (arts, architecture, cuisine, botanique) de l’Extrême-Orient vers la Méditerranée, flux mal enregistré car lié à des pratiques informelles. Ces flux se sont perpétués lorsque ces Provençaux sont revenus sur les bords de la Méditerranée où ils ont amené des pratiques et des goûts exotiques ; ils ont été renforcés par le fait que de nombreux non-Provençaux se sont établis sur les bords de la Méditerranée une fois revenus d’Asie : administrateurs ou diplomates retirés à Nice, militaires installés à Fréjus ou à Toulon, villes où ils stationnaient lorsqu’ils étaient en métropole et où ils s’étaient parfois mariés. En sens inverse, des travailleurs asiatiques, des étudiants asiatiques et, pendant les guerres, des combattants asiatiques ont longuement séjourné en Provence, s’y sont parfois établis définitivement, y ont en tous cas amené leurs pratiques culturelles tout en se livrant à des observations sur cette Provence où ils vivaient. Ce flux s’est perpétué pendant la période post-coloniale, après 1954 où les liens avec la République du Vietnam n’ont pas été rompus (la ligne des Messageries maritimes jusqu’au Japon est restée ouverte jusqu’à la fin des années 1960 notamment), puis par le biais des flux de réfugiés après 1975, ce dont témoigne le nombre des associations asiatiques. L’objectif du colloque n’est pas de montrer l’universalité des traces extrême-orientales en Provence, mais d’approcher les transmissions de pratiques au sein de groupes humains qui ont toujours été minoritaires, transmissions qui s’effectuent donc le plus souvent dans la sphère privée et la façon dont ces pratiques sont perçues dans le monde extérieur : l’observation des traces nombreuses, matérielles et immatérielles qu’ont laissées les relations entre la Provence et l’Extrême-Orient suggèrent en effet un enracinement dans les mentalités, en Asie aussi bien qu’en Provence. Le second objectif est de dresser un inventaire des ressources disponibles en Provence quant aux études asiatiques : fonds d’Archives publiques naturellement (Archives nationales d’Outre Mer à Aix, Troupes de Marine à Fréjus, IIIème Région maritime à Toulon, Archives départementales), archives privées (Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille, archives d’entreprises) et surtout des sources privées (familiales ou déposées dans diverses institutions locales, comme les Amis du Vieux Toulon). Le troisième objectif concerne les mémoires et patrimoines qui nous sont parvenus après une longue histoire commune entre les communautés issues de pays asiatiques et les populations locales. Les humanités numériques seront d’un grand recours pour les historiens dans l’exploration de ces sources, nouvelles ou non, qui peuvent être menacées de disparition irrémédiable si rien n’est fait dans les années à venir.
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société

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