Contacts linguistiques en Grèce Antique : diachronie et synchronie

14-16 oct. 2020
Laboratoire HiSoMA – Maison de l’Orient et de la Méditerranée 7 rue Raulin 69365 Lyon cedex 07 France - Lyon (France)

http://coliga.sciencesconf.org

Depuis les premières attestations écrites, le grec ancien témoigne d’une riche abondance de variétés dialectales, qui rayonnent en Égée et dans la vaste zone où les Grecs ont essaimé, tout particulièrement dans les inscriptions du Ier millénaire av. J. C. Tout au long de son histoire, deux mécanismes antithétiques conditionnent et modifient la géographie dialectale de la langue grecque antique : d’un côté, la divergence, qui, en raison de l’inexorabilité et de l’imprédictibilité du changement linguistique, augmente les différences d’une région à l’autre ; d’autre part, la convergence, qui, sur le principe de l’interférence des dialectes, atténue la variation grâce à la diffusion des changements linguistiques à travers le lexique. Par ailleurs, les phénomènes de contact entre les variétés régionales du grec ancien se manifestent dans plusieurs niveaux de langue et dans les contextes communicatifs les plus hétéroclites. En effet, à côté des cas les plus extrêmes, où deux versions dialectales du même texte se côtoient sur une même inscription, on trouve plus fréquemment des faits linguistiques qui caractérisent les phénomènes de contact, comme la diffusion des innovations morphologiques, du stock onomastique (anthroponymes, théonymes, noms des mois, etc.), ou des termes associés aux institutions. Certaines situations communicatives favorisent spécialement les contacts interdialectaux : par exemple, les consécrations d’objets — souvent accompagnées d’une inscription — dans les sanctuaires visités par des gens venus de tout le monde hellénique ; les relations internationales établies entre les cités grecques, qui génèrent plusieurs types de documents (décrets, traités, lettres, etc.). Il faut également mentionner que dans les créations littéraires grecques, comme l’épopée, le drame attique, le chant lyrique dans ses divers manifestations et l’épigramme, le rôle du contact entre dialectes est déterminant. Parallèlement, depuis la fin de l’Age du Bronze, l’histoire de la Grèce Antique ne peut être dissociée des rapports des Grecs avec un grand nombre des peuples du bassin méditerranéen, de la Mer Noire et d’Asie. Au centre des relations sociales, économiques et culturelles, nées des avatars du commerce et de la guerre, se situent toujours les modes de contact linguistique. De manière significative, en grec, comme dans d’autres langues, les exonymes gravitent très souvent autour des termes associés à la langue : on peut mentionner non seulement le cas très connu de βάρβαρος, qui désigne l’ « étranger » et qui est issu d’une racine onomatopéique (cf. sanscrite balbalā « bégayer » et barbarāḥ « les non-Ariens »), mais aussi celui de Κηφῆνες « Perses », lié à l’adjectif κωφός « muet » (cf. proto-slave *němьcь « muets » > « Allemands »), ainsi que probablement celui de Παφλαγόνες (peuple de la côte septentrionale d’Anatolie), qu’il faut attacher à παφλάζω, une autre forme imitative, qui signifie « bouillonner » et par métaphore « bafouiller » (cf. λοπὰς παφλάζει βαρβάρῳ λαλήματι « une assiette bouillonne avec un bavardage barbare », Euboulos, fr. 108.2 CGF Kassel et Austin). Dans des contextes bilingues, voire multilingues, les stratégies communicatives des Grecs, aussi bien que le rôle que les « barbares » accordent à la langue grecque vis-à-vis de leurs propres langues, varient d’une région et d’une période à l’autre. Les sources écrites de toute classe (inscriptions, papyrus, monnaies, graffiti) témoignent du polymorphisme des contacts linguistiques, réalité que les écrivains anciens n’ont pas manqué de remarquer. Il n’est donc pas étonnant que ce phénomène n’ait pas cessé d’attirer l’attention des linguistes, qui essaient d’expliquer, à partir des points de vue et des cadres théoriques hétérogènes, les mécanismes qui déterminent les influences des différentes langues sur le grec et vice versa. En réunissant des spécialistes des diverses langues anciennes et des dialectologues du grec ancien, le colloque Contacts linguistiques en Grèce Antique (CoLiGA) : diachronie et synchronie analysera les modes de contact linguistique du grec ancien avec d’autres langues, ainsi que les interrelations des variétés dialectales grecques, dans la conviction que des regards complémentaires élargiront la perspective de ce domaine de recherche et ouvriront de voies inexplorées dans l’étude de deux phénomènes essentiellement parallèles. Ce colloque est organisé sur l’initiative du projet de recherche « Contacts interdialectaux en grec ancien », financé depuis 2010 par le Ministère espagnol de la Science et codirigé par les professeurs M. Luisa del Barrio Vega (Université Complutense de Madrid) et Julián V. Méndez Dosuna (Université de Salamanque). Cette équipe associe des linguistes et des épigraphistes qui travaillent dans des centres de recherche de quatre pays européens : Allemagne, Espagne, France et Royaume Uni.
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société - Etudes classiques - Linguistique

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