Frontières de l'image / The Frontiers of The Image (Paris Est Créteil)

20-21 mars 2020
Université Paris-Est Créteil - Créteil (France)
Frontières de l'image 20-21 mars 2020 Université Paris Est Créteil Laboratoire IMAGER EA 3958 Sous l'intitulé « Frontières de l'image », nous proposons d'ouvrir un nouvel espace de réflexion et de discussion sur les enjeux de l'image envisagée dans la pluralité de ses acceptions, pour faire suite à la série de séminaires qui ont eu lieu à Créteil entre 2017 et 2019 et à la journée d'étude du 23 Novembre 2018 : « Pouvoirs de l'image : Affects et Émotions ». L'omniprésence des images pose au chercheur la question de leur conceptualisation : on constate que le terme recouvre une diversité d'objets menant à des définitions instables et des questionnements mouvants. C'est ce dynamisme conceptuel que nous avons voulu placer au cœur de notre réflexion. En établissant des distinctions entre visuel, graphique, perceptif, mental et verbal, W.J.T Mitchell (1984) montre que les images ont souvent été étudiées et diversement définies selon les champs disciplinaires qui pouvaient s'y intéresser (histoire de l'art, philosophie, psychologie, littérature, etc.) mais il nous invite aussi à repenser ces définitions pour croiser différentes approches et ainsi, modifier les relations que nous entretenons avec elles. Comment pourrait-on définir une image qui irait « au-delà des frontières du visuel » ainsi que le préconise Mitchell ? Une image se définit-elle par ses frontières ? La définition d'une image varie-t-elle en fonction de son médium ? (photographie, cinéma, peinture, dessin, texte...) Comment les frontières de l'image visuelle sont-elles interrogées par d'autres pratiques artistiques ? (musique, danse, théâtre, performance...) Dans la mesure où les nouvelles technologies peuvent se substituer aux savoir-faire des artistes dans le traitement des matériaux –production d'effets de vraisemblance, altération des impressions visuelles captées sur un support, par exemple–, nous proposons de poursuivre le travail de redéfinition de l'art et de ses frontières, auquel nous incite cette malléabilité des images. La relation entre réel et virtuel avec les nouvelles technologies induit-elle une modification anthropologique de notre perception ? On pourra s'intéresser plus particulièrement aux trois axes suivants : Axe 1 : poétique de l'image ; rapport entre langue et image On s'intéressera au processus créatif de l'image poétique pour interroger notamment le rapport d'antériorité entre objet et image. A l'instar de Persée, le poète doit passer par l'indirection, le mythe, la fiction (compris dans son étymologie de fingere), la création d'images, pour tenter de ramener le monde dans le langage. L'existence même de l'image serait toujours déjà prise dans une indirection qui la postule dans un après-coup illusoire :« l'image, d'après l'analyse commune, est après l'objet : elle en est la suite ; nous voyons, puis nous imaginons. Après l'objet viendrait l'image. ‘Après' signifie qu'il faut d'abord que la chose s'éloigne pour se laisser ressaisir. [. . .] L'éloignement est ici au cœur de la chose » (Blanchot, 1955, p. 343). Cet éloignement intrinsèque à l'image rendrait donc son rapport à la « chose » indéterminé, indéfini : « le bonheur de l'image, c'est qu'elle est une limite auprès de l'indéfini » (Ibid., pp. 341-42). Les frontières entre l'image et le réel seraient-elle donc à considérer en termes spatiaux et temporels ? La frontière ténue entre image et objet, s'il en est une, croise également la frontière entre texte et image : comme les travaux d'Anne-Marie Christin sur l'écriture ont pu le démontrer (2009), le texte peut parfois être considéré comme image avant d'être lu comme tel. Depuis l'existence de l'imprimerie, écrivains et poètes n'ont eu de cesse d'explorer la matérialité de l'écriture en jouant avec différents types de supports, encres, typographies... les romans visuels hérités d'œuvres comme Tristram Shandy de Lawrence Sterne pourraient avoir une place de choix dans le colloque, et particulièrement en ce qu'ils peuvent interroger la part d'implicite de la langue en regard des images qui se donnent ouvertement à lire et/ou à voir. L'image poétique, telle que la travaille la langue, pourra aussi être une piste de travail à travers une réflexion sur la métaphore et la métonymie, en référence aux travaux de Jakobson ou à ceux de Guy Rosolato par exemple, pour qui l'oscillation entre ces deux pôles est en elle-même source de jubilation esthétique. Ainsi, un texte peut-il, sans être d'emblée perçu comme imagé, s'infléchir vers une interprétation métaphorique ou “faire image” ? Axe 2 : Image et politique La question des frontières de l'image évoque prosaïquement le cadrage –champ, hors-champ– et le point de vue –quel angle, et quel angle-mort ? En cela, l'auteur de l'image est celui qui a le pouvoir d'inclure et d'exclure de la représentation, de communiquer par l'image son point de vue sur le sujet représenté. Interroger les frontières de l'image, c'est donc aussi poser la question de l'autorité et de la légitimité des points de vue. Dès lors, déplacer les frontières entre auteur et sujet des représentations a conduit à inventer de nouvelles pratiques de l'image dont la diversité et l'impact restent encore peu étudiées. Différents groupes sociaux, des femmes aux minorités ethniques et LGBTQ, ont ainsi exploré leur sentiment d'appartenance et de communauté par l'image sous toutes ses formes. En répondant aux stéréotypes et aux représentations dominantes, leurs images n'en ont-elles pas révélé les frontières invisibles ? Plus largement, on pourra explorer le rôle des images dans la création de normes ou comment, par le miroir des images et les processus d'identification, les frontières des images se traduisent parfois en hiérarchies, modèles ou frontières sociales. S'agissant de violence politique, on pourra aussi s'interroger sur les limites du tolérable dans une image : qu'est-ce qui la rend intolérable ? Est-ce sa capacité à offrir la réalité de l'horreur à la jouissance des voyeurs ? Est-ce, au contraire, son incapacité à rendre compte de la totalité de l'horreur ? Dans ce cadre, on pourra s'interroger sur les dispositifs de visibilité qui bousculent les logiques de la banalisation et ravivent notre attention envers les corps souffrants. Axe 3 : Transformation anthropologique. Sommes-nous à une nouvelle ère de l'image, de la perception ? À l'ère de la reproduction mécanique des images (Benjamin) et de leur circulation accélérée sous format numérique par internet et les réseaux sociaux, les frontières de l'image semblent n'avoir jamais été aussi mouvantes. Appropriations, détournements et memes se jouent à loisir des définitions traditionnelles de l'image (Gunthert). Ainsi les nouvelles frontières des images sont-elles désormais à rechercher dans les usages qui en sont faits et dans les contextes qui leur donnent sens ? Ou encore, la fluidité extrême de l'image numérique ne doit-elle pas nous amener à repenser entièrement notre définition même de l'image et de ses frontières, au-delà de sa matérialité, pour s'intéresser davantage à la phénoménologie de la perception (Hansen), à la réponse corporelle, aux affects et émotions qu'elle suscite ?
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société

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