QUELLES TRAJECTOIRES VERS UNE EMERGENCE A VISAGE HUMAIN DE L'AFRIQUE ?

8-10 janv. 2014
Institut Universitaire Catholique Saint-Jérôme Douala - Douala (Cameroun)
Depuis que VAN AGTMAEL, économiste de la finance a évoqué en 1981 les marchés financiers émergents (Emerging markets) d’Asie de l’Est et d’Amérique Latine, comme source alternative de profitabilité financière sans doute supérieure à celle qu’offrent les marchés anciens des pays développés, le concept d’émergence a fait florès, conduisant depuis une vingtaine d’années, les Nations-Unies et les Organisations de Bretton Woods à s’en emparer pour distinguer les pays riches, des pays moyennement riches à savoir les pays émergents, des autres pays en développement pauvres, dont principalement les pays d’Afrique subsaharienne. Les pays émergents sont donc des économies à revenu intermédiaire, en processus de sortie du sous-développement, et à fort potentiel de croissance, s’appuyant sur le marché mondial, pour engager des transformations structurelles et institutionnelles significatives, en empruntant une trajectoire industrielle, définitivement axée sur le développement économique et le progrès humain. Désormais en effet, la croissance économique est accélérée hors des pays riches de l’OCDE. C’est le cas dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), pays dont la trajectoire reproduit celle connue depuis 30 ans par les Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour) puis ensuite par les Tigres (Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Philippines) asiatiques, et que semblent aujourd’hui suivre les autres pays de la Liste des 11 (Next Eleven - N11, à savoir l’Indonésie, le Mexique, la Turquie, le Nigéria, les Philippines, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Thaïlande, le Vietnam et le Venezuela), parmi les pays à croissance forte et durable. Dans chacun de ces cas, une forte industrialisation basée sur des technologies labor-intensive, associées à des coûts relatifs comparés de la main d’œuvre plus bas qu’en Occident, conduit ces pays à entrer dans le « Club des Nouveaux Pays Industrialisés » (NPI). C’est l’élargissement progressif de ce Club, jusqu’ici fermé sur quelques pays asiatiques, qui redonne de l’espoir aux pays pauvres en développement, et surtout de la force à l’idée optimiste du « rattrapage », bien ancrée dans les modèles de croissance depuis la « Contribution » séminale du Prix Nobel Robert SOLOW Jr., dans son article fondateur des sources de la croissance à long terme et du progrès technique en 1956. En effet, les pays africains pauvres ont officiellement depuis quelques années, saisi l’occasion d’un retour à la croissance économique régulière (se situant aux alentours de 4 à 5% en moyenne depuis 2007), pour se projeter avec enthousiasme vers l’avenir, et définir une cible claire, à savoir « l’atteinte du point d’achèvement de l’émergence » dans 7 ans pour les plus rapides (Côte d’Ivoire), 22 ans à 25 ans pour les moins rapides (Cameroun, Gabon). Les nombreux Documents Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté, ou alternativement de Croissance et d’Emploi (DSRP ou DSCE), affichent invariablement, du Bénin à Zanzibar, des objectifs volontaristes de réalisation en deux décennies, d’un saut qualitatif vers le développement et le bien-être des populations, qui n’a pu l’être depuis les cinq dernières décennies. Pour les Cassandres, à savoir les afro-pessimistes, ces promesses sont simplement électorales, et de simples slogans politiques, c’est- à-dire sans véritable lendemain. Pour d’autres, davantage optimistes, ces objectifs des nouvelles politiques économiques, et pourrait-on oser dire, de développement, ne sont pour une fois pas vides de substance, tant l’Afrique subsaharienne possède des atouts indéniables. - Plusieurs dizaines de millions d’hectares de terres vierges, susceptibles d’accueillir une agriculture à haute valeur ajoutée dite de deuxième génération, s’appuyant sur le secteur industriel de l’agro-alimentaire, et permettant de proposer par les exportations, des produits transformés et standardisés à près de 3 milliards d’individus dans les pays aujourd’hui émergents, dont les populations constitueront 60% de la classe moyenne dans le monde d’ici 2025 selon le Rapport Mc KINSEY 2012. - Des ressources énergétiques considérables, à la fois fossiles et non fossiles, potentiellement aptes non seulement à satisfaire la demande mondiale d’énergie tirée par les BRIC (40% de la demande mondiale d’ici 20 ans seraient issus de la Chine et l’Inde uniquement), mais d’autoriser le continent noir (« the dark continent ») de connaître enfin la révolution de l’électricité, tout en autorisant le financement des infrastructures nécessaires au développement. - Une population très jeune, dont l’âge moyen est inférieur à 25 ans, alors que l’Occident connaît un vieillissement régulier de sa population, et que l’Asie et l’Amérique latine sont déjà entrées dans la transition démographique. Plusieurs grandes questions sont soulevées par ce préambule : (i) Comment mobiliser efficacement ces atouts, pour concrétiser un potentiel de développement économique encore et jusqu’à présent théorique ? (ii) Quelles trajectoires emprunter, sur le plan économique, et surtout technologique, autorisant d’envisager avec raison, de hisser la croissance économique à un taux supérieur ou égal à 10% par an dans les 20 prochaines années, de façon à ce que le revenu par habitant, après doublement tous les dix ans, se situe à terme au voisinage de 40% du revenu le plus faible dans les pays riches ? Quels sont les choix technologiques permettant de valoriser les matières premières disponibles, et d’attirer les Investissements Directs étrangers (IDE), sans lesquels la course à l’émergence risque d’être rapidement stoppée ? (iii) Comment s’assurer que la course à l’émergence, ne va pas se traduire, par l’approfondissement des inégalités de revenus, et le creusement du fossé séparant les élites mondialisées qui peuvent accéder aux symboles du bien-être manufacturé, et la grande majorité des populations, indéfiniment reléguée au ban de l’humanité, car frappée par les stigmates de la pauvreté monétaire et non monétaire, l’absence d’une éducation de qualité, et l’exposition permanente aux maladies endémiques ? (iv) Quel est le profil de l’homme africain nouveau, l’africain émergent, qui par la mutation de ses valeurs, peut embrasser le progrès technique simultanément à la rigueur, le droit et la charité, pour bâtir cette Afrique conquérante, susceptible d’illuminer le monde, en lui apportant en plus du sourire et de la compassion – son avantage comparatif selon un ancien Ministre brésilien - de la nourriture, des produits de consommation durable, de l’énergie et de la prospérité ? Le Premier Colloque de l’Institut Universitaire Catholique St-Jérôme de Douala, intitulé « Quelles Trajectoires Vers Une Emergence A Visage Humain de l’Afrique ? », vise à apporter des réponses substantielles à ces différentes questions. Les réponses des auteurs à cet Appel à Communication devraient s’organiser autour de 3 Axes : économie & gestion d’une part, science & technologie d’autre part, et enfin Sciences sociales et religieuses. AXE 1 : Economie et Gestion Cet Axe vise à fournir les bases de la compréhension des trajectoires économiques et des trajectoires des entreprises, susceptibles de faciliter la course vers l’émergence. Les auteurs veilleront en abordant les thèmes suivants, à spécifier les conditions nécessaires dont le suivi permettra d’enregistrer des gains élevés de croissance et de parts substantielles de marché mondial, par les économies et les entreprises africaines. 1.1- Les Trajectoires Economiques Les thèmes suivants seront abordés : Thème 1 : La Macroéconomie de l’Emergence 1) Les conditions du rattrapage et de la mise à niveau (Catch Up) dans les Pays Pauvres. 2) Politiques macroéconomiques et politiques de développement : coordination et synergie en vue de l’Emergence (dont entre autres, les enseignements des expériences japonaise, coréenne et vietnamienne). 3) Dimension des marchés nationaux et options de l’Emergence par le commerce extérieur. 4) La Consolidation des institutions financières (banques, microfinances, assurances, marchés...) est-elle une nécessité dans l’objectif de l’Emergence ? 5) La Gouvernance économique favorable à l’Emergence. 6) Etc. Thème 2 : Les Choix Sectoriels de l’Emergence 1) Choix d’industrialisation efficace et projets structurants. 2) Fiscalité, Investissements Directs Etrangers et course à l’Emergence. 3) Les trajectoires d’innovations technologiques appropriables pour des produits à forte valeur ajoutée (bois, matériaux, énergie...). 4) Quelle(s) éthique(s) et quel capital social pour l’Emergence ? 5) La consolidation bancaire et des marchés financiers est-elle une nécessité dans l’objectif de l’Emergence ? 6) L’agriculture de deuxième génération : quelle portée en faveur de l’Emergence ? 7) Tourisme et développement local. 8) Etc. 1.2- Les Trajectoires en Gestion Thème 1 : La Conquête des Marchés Nouveaux 1) Quel environnement des affaires pour l’Emergence d’entreprises africaines conquérantes (les lions d’Afrique) ? 2) Comment entrer dans la sous-traitance internationale pour un positionnement vertueux sur le marché global ? (applications sectorielles diverses) 3) Les sources des Avantages Concurrentiels des entreprises africaines. 4) Les stratégies efficaces d’internationalisation face à la concurrence des firmes transnationales (modèles, critères, analyses de marchés et de potentiels d’internationalisation). 5) Quelles technologies, quels produits pour une agriculture de deuxième génération ? 6) Etc. Thème 2 : Culture, Spécificités et Management de la Nouvelle Entreprise africaine 1) La culture africaine, handicap, frein ou source de valeur ajoutée ? 2) La gouvernance corporative et le management des entreprises africaines. 3) Quels rôles pour les organisations à but non lucratif africaines dans le contexte de l’émergence ? 4) L’idéal type du nouveau leader africain (propriétaires, propriétaires-dirigeants d’entreprises). 5) Productivité de la main d’œuvre et organisation efficace de la production. 6) L’Entreprise « A » : les fondements socio-culturels de l’entreprise africaine performante. 7) Etc. Ces listes étant surtout indicatives, tous les travaux conceptuels et/ou empiriques portant sur des thématiques relatives à l’émergence à visage humain de l’Afrique sont les bienvenues. Axe 2 : Science et Technologie Une croissance économique forte, rapide et durable, nécessaire à l'émergence est presque toujours liée à un processus d’industrialisation et en particulier au développement de la production manufacturière. Les mutations technologiques sont entendues ici au sens large, non seulement de la production de technologies nouvelles adaptées aux caractéristiques des pays d’Afrique subsaharienne et positivement insérées dans la chaîne de valeur mondiale, mais aussi de l’appropriation idoine des technologies existantes. Des récentes études prospectives sur les thèmes de recherche clés pour l’avenir de la production de biens et services, deux grands contextes se dégagent : • Une compétition mondialisée reposant sur la création et la gestion de réseaux logistiques globaux, notamment pour satisfaire les besoins de l’industrie occidentale et asiatique en matières premières. • L’émergence de chaînes logistiques locales (continentales, régionales, ou nationales) pour répondre à des impératifs éthiques, de sécurité, environnementaux ou de fiabilité des approvisionnements. Au-delà du questionnement sur le choix stratégique (pour les entreprises africaines, notamment les PMEs) d’une insertion globale ou locale, les travaux de recherche sur les connaissances scientifiques et les technologies prometteuses qui intéressent ce colloque peuvent être structurés en deux thèmes : Thème 1 : Le Renouveau des Technologies dans le Développement de l’Afrique 1) Technologies intenses en inputs locaux et trajectoires industrielles (pharmacopée, agro-industrie, matériaux...). 2) TIC (produits communicants, technologies multi-agents pour l’ingénierie des systèmes complexes, interopérabilité, technologies du Web 2.0, systèmes d’information hospitaliers...). 3) Chimie/Matériaux/Procédés (nécessité de se préparer à la raréfaction des ressources, sécurisation des procédés, recyclage systématique des produits...). 4) Exigences éthiques en Science et Technologie. 5) Etc. Thème 2 : Développement des Secteurs Industriels et Choix Technologiques 1) Agro-industrie (transformation, conservation, agroéquipements, mécanisation agricole, production agricole...). 2) Energie (solaire, éolien, piles à combustibles, réseaux électriques intelligents, compteurs intelligents...). 3) Transports (interfaces tactiles, reconnaissance de gestes, appareils nomades, chaînes logistiques des denrées alimentaires, chaînes logistiques vertes/inverses, outils de traçabilité par RFID, outils d’information en temps réel...). 4) Santé et éducation (TIC et éducation de qualité, télémédecine...). 5) Eau, environnement et biodiversité (technologies pour la qualité de l’eau, de l’air et des sols, technologies propres...). 6) Bâtiment, habitat et urbanisme (technologies à énergie positive, agro-matériaux...). Axe 3 : Sciences sociales et religieuses L’émergence économique implique à la fois un leadership éclairé, des gouvernements capables, et des africains adhérant massivement au projet d’une Nouvelle Société, fondée sur la solidarité et la mutualité, en même temps que sur l’honnêteté et la rigueur. L’homme africain doit donc changer pour rendre possible l’objectif de l’émergence. Quelles directions un tel changement peut-il emprunter ? Les thèmes suivants peuvent guider les auteurs : Thème 1 : DIEU, L’Homme et l’Emergence 1) DIEU est-Il vraiment pour la Prospérité de l’Homme Africain ? Les Réponses de l’Eglise Catholique. 2) L’Africain peut-il émerger : Croyances, Irrationalité et Insertion dans la Mondialisation. 3) La Doctrine Sociale de l’Eglise en vue de l’Emergence d’un Africain Nouveau. 4) Etc. Thème 2 : L’Homme Africain et l’Emergence 1) A Quelles Conditions l’Homme Africain peut-il émerger ? 2) Comment le Négro-Africain a-t-il émergé dans l’Antiquité ? Le Regard de l’Historien sur les Conditions de l’Emergence. 3) Quel Changement de Mentalité pour l’Emergence ? 4) Etc. Thème 3 : Etat et Emergence 1) Conscience nationale et Construction de l’Etat moderne : Les Préalables de l’Emergence. 2) Sur Quelles Valeurs fonder un Etat moderne en vue de l’Emergence ? 3) Les Institutions de l’Emergence. 4) Dictateur éclairé et Gouvernements capables : qu’enseigne l’expérience des Pays Emergents d’aujourd’hui ? 5) Les Fonctions publiques africaines face au défi de l’Emergence. 6) Territoires et Redimensionnement des Etats postcoloniaux. 7) Etc. Thème 4 : Société et Emergence 1) Justice sociale et Redistribution, ou Comment Mieux Organiser le Bien-Être de Tous. 2) La Rénovation du Système de Santé en Vue de l’Accès généralisé aux Soins. 3) Une Education de Qualité, Objectif Prioritaire de l’Emergence. 4) Le Fractionnement ethnique, un Frein à l’Emergence ? 5) Etc. Dates importantes Date limite de soumission des résumés : 30 septembre 2013. Notification aux auteurs : 30 octobre 2013. Date limite de soumission des articles rédigés : 30 novembre 2013. Soumissions Les résumés et les articles rédigés (en Anglais ou en Français) peuvent être soumis directement par courriel à l’adresse secretariat-colloque2014@univ-catho-sjd.cm, ou à partir du site Web du Colloque : http://colloques.univ-catho-sjd.cm. L’article rédigé peut consister en une présentation de format Powerpoint, l’auteur s’engageant à fournir une version complète au plus tard le 30 janvier 2014. Publication Les articles acceptés par le comité de sélection seront publiés dans les actes du colloque, en cas d’évaluation positive du texte définitif. Les meilleurs articles feront l’objet d’une publication dans des ouvrages collectifs. Pour l’axe Economie et Gestion, cinq à six articles sélectionnés feront l’objet d’une publication dans la Revue Management international (www.managementinternational.ca). Loisirs autour du Colloque Le samedi suivant le Colloque, un voyage de découverte de la cité balnéaire de Limbé, dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, sera organisé pour les participants qui le souhaitent.
Discipline scientifique : Sciences de l'ingénieur

Lieu de la conférence
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