Représentations de l’enfance dans la poésie argentine du XXe siècle Trois écrivains emblématiques : Juan Gelman, Alejandra Pizarnik et María Elena Walsh

10 oct. 2019
Le Mans Université - Le Mans (France)

http://enfance-poesie.sciencesconf.org

La présence à la Bibliothèque Vercors de Le Mans Université de deux fonds patrimoniaux concernant deux poètes argentins du XXe siècle, Alejandra Pizarnik et Juan Gelman, est le point de départ de plusieurs activités qui auront lieu fin 2019 : une exposition à la BU et une journée d’étude seront les évènements les plus marquants. Notre but est de faire connaître ces deux fonds et de permettre à des chercheurs de France et d’Europe de consulter des documents éparpillés ou inexistants dans d’autres bibliothèques. Le seul fonds important concernant Alejandra Pizarnik se trouve à Princeton University ; les manuscrits de cette auteure ne se trouvent plus en Argentine. D’autre part, il convient de mettre en rapport une autre poète originale, María Elena Walsh, dont l’œuvre a révolutionné la littérature de jeunesse en Argentine, mais dont la réception est plus large. Des documents provenant d’un collectionneur privé seront mis à la disposition de la bibliothèque lors de cette exposition. Alejandra Pizarnik, Juan Gelman et María Elena Walsh, tous trois nés autour de 1930, ont traversé une période particulièrement conflictuelle dans leur pays et ont produit leur œuvre dans la deuxième moitié du XXe siècle. Leur attitude face a la question sociale n’a pas été la même et cela se reflète de manière très claire dans leur perception de l’enfance. C’est pourquoi cette question est une possible voie d’accès à leur création. Juan Gelman a été dès le départ un écrivain engagé et l’on constate dans son premier livre de poèmes, Violín y otras cuestiones, 1956, une sensibilité particulière concernant l’enfant qui devient souvent la victime d’un monde injuste. Le poème « Femme enceinte » évoque le futur de ce nouveau né dans un monde difficile et meurtrier (« les hommes se trouvent entre la guerre et la mort ») ; on parle également des enfants dans « Niños : Corea 1952 », ces enfants confrontés à la guerre sont associés à une berceuse sombre et tragique ; et « Zapatitos » (chaussures d’enfant) s’intéresse aux seules traces de gamins qui subsistent dans un camp de concentration proche de Varsovie. Juan Gelman est solidaire dans un monde élargi. Plus tard, la dictature militaire la plus sanglante de l’histoire argentine, dont les conséquences ont été terribles pour la famille de Gelman, ont permis à ce poète de revenir sur la question des enfants disparus. Dans un autre registre, Alejandra Pizarnik n’a jamais abandonné le souvenir de l’enfance. Il faudrait examiner la thèse de Florinda Goldberg et la confronter à des textes variés. Selon la chercheuse israélienne, l’enfance est pour Pizarnik le lieu de la plénitude naturelle (« le splendide palais de papier des pèlerinages enfantins »). Cela est présent dès les premiers livres de cette auteure dont l’un porte le titre suivant : La dernière innocence, 1956. Il s’agit de sa manière de voir l’entrée dans la vie adulte, suite à son expérience analytique avec León Ostrov. Le monde de l’enfance, les poupées, les jardins ouverts aux jeux peuvent néanmoins devenir par la suite des espaces de l’enfer. Le social ne semble pas être là, tout au moins dit de manière évidente, et pourtant… Toute autre est l’attitude de María Elena Walsh. Sa poésie est en rapport avec le jeu ; le nonsense y est partout. Cette écrivaine va inaugurer une littérature ouverte et libre qui deviendra chanson, spectacle, terrain ludique. Son destinataire sera souvent l’enfant, mais pas seulement. Et cela ne l’empêche pas de prendre la parole à des moments tragiques comme elle le fait par l’intermédiaire de son texte « Mésaventures dans le pays-jardin d’enfants », qui lui a valu l’interdiction de diffuser ses chansons dans l’espace public et de parler dans les médias. Ce texte évoque son pays comme un énorme jardin d’enfants où personne n’a le droit à la parole, où tout semble interdit et dangereux. L’un de ses textes de littérature de jeunesse, « Au pays de je ne me souviens pas », est devenu un poème symbolique de grande importance pour les résistants. Mis en chanson, ce poème a servi d’air musical au film La historia oficial de Luis Puenzo. Ce bref colloque souhaite faire dialoguer ces trois auteurs et nous permettre d’explorer une réalité déterminée à partir du prisme de l’enfance, angle de réception particulièrement précieux. Parler de l’enfant est une manière de dire le monde, évoquer la création particulière de chaque être et son entrée dans l’univers social. Parler de l’enfant est pour chaque poète une manière privilégiée de parler de soi en étant en même temps l’autre, celui qui est resté dans le passé. Voilà des thématiques fécondes qu’il faudra tester à partir d’échanges entre collègues chercheurs. Enfances en mouvement et dialogue, ce qui renvoie à l’un des axes du 3L.AM : Cultures de jeunesse en mouvement : pratiques, production, réception.
Discipline scientifique : Littératures

Lieu de la conférence
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