Lexique et corps humain

24-25 avr. 2020
Institut national des langues et civilisations orientales (INaLCO-Langues O') - Paris (France)

http://lexique2020.sciencesconf.org

Le Centre de recherches Europes-Eurasie (CREE) de l’INaLCO – axe « Dictionnaires, corpus, réseaux. Changements linguistiques » – lance un appel à communications pour un colloque international Lexique et corps humain, qui se déroulera les 24 et 25 avril 2020 à Paris. ARGUMENTAIRE Lors de ce colloque, nous nous intéresserons au lexique relatif au corps humain, appelé vocabulaire somatique, dans les langues du monde. Il s’agit du corps humain dans tous ses états tel que le représente ou l’imagine la langue : éléments du corps (cœur, front, tête, nombril, foie), couverture du corps (peau, ongles ; poil, poilu), fluides corporels (sang, larmes ; transpirer), etc. Bien que l'objectif principal du colloque soit de parler du corps chez l'être humain, nous n'excluons pas d’étendre la discussion au corps des animaux — si le nom d'un corps humain fait également référence à la partie correspondante du corps d'un animal. Le vocabulaire somatique est réputé pour avoir un statut particulier dans les langues du monde. Notre intérêt pour l’analyse de ce vocabulaire est motivé par trois raisons principales : 1. Le vocabulaire somatique joue un rôle important dans le lexique fondamental de toute langue (acquisition du vocabulaire par un enfant, enseignement à l’école, etc.). C’est entre autres par ces unités lexicales que l’on commence souvent l’apprentissage d’une langue étrangère. 2. Il possède un grand potentiel métaphorique et se prête très facilement à la phraséologisation. 3. À travers le prisme du vocabulaire somatique, on est à même d’aborder des problèmes linguistiques qui peuvent concerner le lexique dans sa globalité. Évoquons quelques-uns de ces problèmes linguistiques . Lexicalisation Même si le corps humain est un universel physique, le vocabulaire somatique donne lieu à un grand nombre de différences de lexicalisation. Chaque langue a sa propre façon de procéder pour diviser le corps et lexicaliser chaque élément du corps (par exemple, ręka en polonais désigne la main, le poignet et l’avant-bras jusqu’au coude et n’a pas d’équivalent en français). Combinatoire lexicale Les écarts dans la combinatoire d’unités lexicales sémantiquement similaires sont souvent inattendus (même si leur existence a parfois une explication dans l'histoire de la langue). Par exemple, en russe, on peut dire kaštanovye volosy ‘cheveux couleur de châtaigne’, mais l’on ne peut pas parler d’une barbe ou d’une moustache couleur de châtaigne (?kaštanovaja boroda, ?kaštanovye usy). Les collocations de ce type sont un véritable casse-tête pour les traducteurs ou pour les apprenants d’une langue étrangère qui reste souvent ignoré par les auteurs des dictionnaires. D’après Lidija IORDANSKAJA, une partie du corps peut être considérée comme : • un élément de l'apparence extérieure d'une personne ; • une source de sensations ; • un lieu de maladie ou de blessure ; • un indicateur de l'état émotionnel ou physique temporaire ou une caractéristique permanente de la personne ; • un organe remplissant certaines fonctions (sentir avec le nez) ; • un « organe » que la personne utilise pour exécuter des mouvements, des signes ou des gestes. Chacune de ces facettes sémantiques correspond à un ensemble de collocations spécifiques à chaque langue, ce qui représente un vaste terrain d’analyse et de comparaison. Synonymie La multifonctionnalité des éléments du corps sert également de base pour établir des distinctions entre des unités lexicales ayant une dénotation apparemment identique. Deux unités lexicales peuvent désigner le même élément du corps, mais avoir des potentiels expressifs différents selon le point de vue à partir duquel elles caractérisent cet élément. Par exemple, ventre en français peut être utilisé avec des associations positives esthétiques et/ou sexuelles (joli ventre, ventre plat, etc.), ce qui est assez difficile avec son synonyme familier bide (?joli bide, ?bide plat). Polysémie On pourrait supposer que les lexies désignant les mêmes éléments du corps possèdent le même potentiel pour le développement de la polysémie. Néanmoins, il n’est pas toujours possible de prédire quelle nouvelle signification « mûrit » à l’intérieur de chaque vocable. Appréciation (positive/ négative), connotations, etc. Le domaine des parties du corps comprend de nombreuses expressions appréciatives – expressions qui reflètent une attitude positive ou négative de la part du locuteur envers le « possesseur » d'une partie donnée du corps. L’objectif du colloque est de réunir les spécialistes en : • lexicologie (y compris comparative) ; • lexicographie monolingue et bilingue ; • phraséologie ; • traductologie ; • didactique du vocabulaire. Les thématiques abordées seront notamment : • la cartographie lexicale du corps humain ; • les connotations des noms des éléments du corps ; • le lexique somatique et les registres de la langue (y compris la terminologie : médicale, juridique, etc.) ; • la polysémie (métonymie, métaphore, etc.) et la synonymie du lexique somatique, et d’autres problèmes linguistiques.
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société

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