XXXVIèmes Journées du développement de l'Association Tiers-Monde

27-29 mai 2020
Université de Rennes 2 Place Recteur Henri Le Moal 35000 Rennes - Rennes (France)

http://atm2020.sciencesconf.org

"Croissance, développement et inégalités : un développement de plus en plus inégal?" Les inégalités sont une conséquence du développement, qui est un processus polarisé. Longtemps « l'hypothèse de Kuznets » a fondé une vision dominante des économistes sur cette question. Elle énonce que les inégalités se creusent au début de la croissance, puis se réduisent. Depuis, les données confirment de moins en moins ce schéma. D'ailleurs, comme l'avait reconnu l'auteur, cette hypothèse s'appuyait sur des extrapolations aux Etats-Unis et l'enjeu de l'article, publié pendant la guerre froide, était d'éloigner les pays sous-développés de la tentation (égalitaire) du Communisme. Depuis, l'attrait de ce dernier s'est atténué et de multiples travaux récents révèlent, au contraire, une tendance générale à l'augmentation des inégalités dans le monde en développement. Dans l'Asie de la croissance rapide, par exemple, alors que le Japon, Taïwan ou la Corée du Sud s'étaient d'abord distingués par un développement partagé, désormais en Asie du Sud-Est ou en Chine l'augmentation des revenus et l'expansion des classes moyennes ne se traduisent pas par un renforcement de la mobilité sociale, mais, au contraire, par un approfondissement des inégalités. Cette tendance est si lourde qu'elle a même conduit la Banque mondiale à mobiliser la notion de « Classe » (économique, ici) pour l'étudier. La mondialisation et les bouleversements de l'environnement international, comme l'expansion de la Chine, permettent une accélération de la croissance et, surtout, accentuent la différenciation des structures productives et des trajectoires économiques des pays en développement. Certains pays se re-primarisent, d'autres accélèrent leur développement technologique. Partout s'observe une augmentation des inégalités, entre les gagnants et les perdants de cet élargissement rapide de l'économie mondiale et de la concurrence. Vitesse et différenciation du développement se renforcent car les raccourcis disponibles se multiplient : le « stock » de pays avancés et de l'offre de technologie s'accroît ; la protection commerciale a diminué ; les possibilités d'insertion internationale augmentent ; la circulation des capitaux, des technologies et des compétences s'accélère, etc. En Chine, en Inde, en Asie du Sud-Est, l'ouverture internationale a accéléré la croissance et permis de réduire la pauvreté. Si la mondialisation a longtemps été présentée comme un facteur de croissance, elle n'a pas du tout donné lieu au partage de la prospérité prévu. Dans de nombreux pays, les travailleurs non qualifiés ont perdu leur emploi, l'industrialisation a reculé, les emplois manufacturiers ont disparu, les écarts de rémunération entre main-d'œuvre non qualifiée et qualifiée se sont accrus. Les inégalités de revenus entre les pays, et à l'intérieur des pays, augmentent. Une grande partie de la population mondiale vit dans des sociétés qui sont plus inégalitaires au 21e siècle qu'au précédent. Malgré la hausse considérable de la richesse mondiale, dans le monde en développement les écarts de revenus se sont creusés. Le PNUD rappelle que, depuis 2000, 50 % de l'augmentation de la richesse mondiale n'a bénéficié qu'à 1 % de la population mondiale. À l'inverse, la moitié la plus pauvre de la population mondiale n'a reçu que 1 % de l'augmentation de cette richesse mondiale. Sa distribution s'est encore concentrée. Le 1 % le plus riche de la planète possèdait 32 % de la richesse mondiale vers 2000, et 46 % vers 2010. Le monde est plus inégalitaire aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces inégalités monétaires se superposent à des inégalités sociales et écologiques criantes. Les menaces sur les écosystèmes et la perturbation des grands cycles biogéochimiques de la planète grèvent les perspectives de développement à long terme. Les impacts de ces problèmes globaux seront localisés, fortement inégaux, et différenciés, entre les pays comme en leur sein. Les populations déjà les plus fragiles seront les plus vulnérables. Si la poursuite de ces tendances semble le scénario le plus probable à moyen terme, elle n'est pas forcément soutenable dans la durée. Les inégalités menacent le progrès économique et la coopération internationale de plusieurs manières. Elles limitent les perspectives et l'accès aux ressources économiques, et alimentent l'exclusion. Elles affaiblissent les États, qui peinent à définir des objectifs communs et à réunir les ressources pour les atteindre. Elles fragilisent la cohésion sociale, entraînent des conflits et affaiblissent les processus démocratiques. La frustration favorise l'instabilité politique et les réactions à l'encontre des inégalités et de la mondialisation transforment la politique dans de nombreux pays en développement (PED). Enfin, la polarisation de la croissance et de la création d'emplois au Sud stimule les déplacements de population en quête de meilleures opportunités économiques. Les déterminants des inégalités sont complexes, ils ont un caractère pluridimensionnel et sont souvent cumulatifs. Si l'augmentation des inégalités de revenus, à l'intérieur des PED et entre PED, est en partie liée à la mondialisation au sens large, les choix de politique de développement et leurs modalités de mise en œuvre ont également joué un rôle essentiel. Les journées de l'ATM 2020 auront pour objectif d'alimenter la réflexion et les débats sur les liens entre inégalités et développement. Elles se saisiront à la fois des enjeux théoriques et empiriques des relations entre croissance, développement et inégalités, qui sont particulièrement saillants dans les pays du Sud, comme dans les pays développés. Ces journées pourront, notamment, développer des ateliers autour des thématiques qui suivent.
Discipline scientifique : Économie et finance quantitative

Lieu de la conférence
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