Les nouveaux enjeux de la professionnalité des Conseillers principaux d’éducation (CPE)

17 avr. 2019
Université Paris-Est-Créteil - Créteil (France)
Depuis la constitution d’un corps des Conseillers principaux d’éducation (CPE), les recherches sur ces derniers, à la fois ponctuelles, dispersées et en nombre restreint, ont mis en évidence l’emprunte historique forte du « surveillant général » dont les nouveaux CPE peinent à se déprendre, l’aspect polymorphe de leur métier, en adaptation permanente, et l’instabilité de leur construction identitaire (e.g. Condette, 2013). Ces travaux mettent ainsi régulièrement en avant les nombreux obstacles à une professionnalisation des CPE, professionnalisation que nous pouvons définir globalement comme un processus qui permet à un groupe d'acteurs d'améliorer la maîtrise d’un savoir spécialisé, sa formalisation, sa diffusion et sa reconnaissance, notamment par l’État, mais aussi par d'autres groupes professionnels. Parmi ces obstacles, la littérature évoque notamment : la « contradiction majeure » entre la fonction disciplinaire et la fonction éducative au sein du système scolaire français (Payet, 1995), au détriment de la seconde ; la reconnaissance lente et tardive du besoin d'adopter une approche proprement éducative des problèmes scolaires (Cadet, Causse & Roche, 2007) et de prendre en compte le point de vue des « usagers » de l'école que sont les élèves et leurs parents (Buisson-Fenet, 2004) ; la division sociale et morale du travail éducatif en établissement qui conduit à confier aux personnels de la vie scolaire les tâches les moins valorisées, le « sale boulot » à savoir l'ensemble des tâches répétitives, monotones, ennuyeuses et tatillonnes que peut impliquer le suivi des sanctions (Le Floch, 2008) ; l’importance dans ce processus de la domination sociale dont sont victimes les CPE du fait de leurs origines sociales et de leurs trajectoires scolaires moins linéaires (Charles, 2002) ; la redéfinition permanente du métier par l'institution en fonction de ses besoins et les « attentes simplificatrices » dont les CPE sont destinataires de la part de leurs interlocuteurs (Cadet, Causse & Roche, 2007) ; la persistance parmi les acteurs de l'établissement de représentations du métier elles-aussi simplificatrices ou dévalorisantes, le CPE étant réduit soit à son rôle disciplinaire (le « surgé », le « flic », ou le « bureautier »), soit à une fonction d’animation (l'« animateur socio-culturel » ou au « gentil organisateur » pour reprendre les termes de Véronique Barthélémy, 2005) ; l'exercice du métier dans un cadre-spatio-temporel spécifique (ouvert, non délimité, non protégé, mêlant urgences et temps longs) qui ne rend pas toujours visible le travail éducatif de fond des CPE , qui brouille la perception que peuvent en avoir leurs interlocuteurs et qui suscite l'incompréhension parfois (mais que fait le CPE?) (Douat, 2016), ou encore la difficulté des CPE à s'imposer comme des « spécialistes » en matière éducative, notamment dans leur dialogue avec les enseignants, et en particulier dans les établissements difficiles (van Zanten, 2012). Face à ces nombreux obstacles, la professionnalisation des CPE, à l’issue aléatoire, ne pourrait dès lors qu’être lente et progressive – elle se ferait en trois temps, ceux de l’assignation, du refus et de la construction (Cadet, Causse & Roche, 2007) – et « à petits pas » quand les CPE osent investir de nouveaux domaines dans lesquels leurs savoir-faire peuvent être valorisés (Barthélémy, 2014). Cependant, pour Hélène Buisson-Fenet (2008), on assisterait depuis quelques années à un véritable « retournement du stigmate » : la prise en charge d'élèves problématiques, au départ perçue comme stigmatisante, comme un « handicap de professionnalité », est progressivement transformée de manière positive comme une priorité, un domaine de spécialité du CPE, une tâche valorisante et nécessaire en établissement. Ce changement est rendu possible grâce à des évolutions externes au métier de CPE qui rendent cette prise en charge importante, à partir d’une préoccupation croissante en matière de « Nouvelles Problématiques Éducatives » liées aux phénomènes de décrochage, de violences scolaires, de promotion de la citoyenneté, etc… (Moignard, 2018), et d’un discours politique qui, même s’il doit être interrogé sur le fond (Pons, 2017), appelle à une transformation de la relation éducative (l'élève « au centre » du système éducatif, à une école « bienveillante », de la « confiance », etc...). On observe également des stratégies développées en interne par les CPE qui s'appuient parfois sur une organisation spécifique de leur service de vie scolaire (forte réactivité envers les usagers) et qui réintroduisent partout où cela est possible (en conseils de classe, dans d'autres instances, dans leurs discussions informelles, etc.) le point de vue des usagers dans les discussions afin de se faire les spécialistes des conditions de scolarisation des élèves (Buisson-Fenet, 2008). Des pistes de professionnalisation nouvelles sont dès lors susceptibles de s’ouvrir pour les CPE et l’objet de cette journée d’étude est de tenter d’en rendre compte en mettant en avant plusieurs thèses récemment soutenues ou en cours sur les CPE, mais aussi des projets de recherche collectifs et récents sur le sujet, qui viennent enrichir notre compréhension des transformations en cours de leurs identités, de leurs trajectoires et de leurs rôles professionnels. Il s’agit dès lors d’interroger à la fois les transformations liées aux pratiques, aux discours sur les pratiques, aux cadres et aux espaces d’intervention de ces personnels, et de les confronter à des formes objectivées d’analyses de la transformation du système éducatif et des professionnalités en milieu scolaire. L’objet de cette journée d’étude est ainsi de proposer un premier panorama de ces évolutions académiques, mais aussi, à terme, de contribuer à structurer un réseau de recherche sur les métiers de l’encadrement éducatif. Ce réseau pourra contribuer à l’amélioration du dialogue entre les différents acteurs scolaires et institutionnels mobilisés sur les questions éducatives en général et le métier de CPE en particulier, dans un contexte politique marqué par les réflexions en matière de formation, initiale et continue, des professionnels de l’éducation et d’appels répétés à une nouvelle figure du ou de la CPE assumant pleinement un rôle de chef de service de vie scolaire et de conseiller du chef d’établissement.
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société - Education - Psychologie - Sociologie

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