Genre et santé

4-6 avr. 2019
ENS de Lyon, site Descartes- Lyon 1, site Rockefeller - Lyon 3, site des quais - Lyon (France)
Si le concept de « maladie féminine » ou de « maladie de femme » s'est imposé au 18ème siècle, et jouit aujourd’hui encore d’un solide statut d'évidence malgré ses errements (l’ostéoporose est-elle réservée aux femmes ?), celui de « santé des femmes » ne bénéficie pas du même crédit. Au contraire, sa valeur est largement négligée. De fait, gynécologie, obstétrique, médecine de la reproduction sont des disciplines qui prospèrent au coeur de l’institution médicale, tandis que les dispensaires de santé des femmes et autres groupes de self-help, apanage de collectifs ou d’associations militantes pourvus de peu de moyens, demeurent marginaux dans les prises en charge. De manière significative, les spécialités anatomo-physiopathologiques, biologiques et génétiques de tout ce qui touche à la santé sexuelle et reproductive des femmes cisgenres affrontent les risques et dérives éventuels d’une surmédicalisation de ce champ de la santé humaine, quand à l'inverse c'est le manque d'expertise qui est reproché aux soins alternatifs. La résistance à l’institutionnalisation de la « santé des femmes » est loin d’être univoque et peut provenir autant des institutions médicales que des groupes militants, de même qu’elle peut contenir un intérêt tout à la fois politique, scientifique, épistémologique et pratique. En outre, cette constatation, si elle décrit certains mécanismes structurels à l’oeuvre notamment au sein de la société française, non seulement ne rend pas suffisamment compte des intrications et des dialogues qui existent tout de même entre ces deux dispositifs sanitaires, mais révèle de plus l’évidence d’un traitement différencié en fonction des sexes et des genres. Et c’est bel et bien cette évidence qu’il s’agit d’interroger. Or, cette interrogation ne va pas sans une analyse de la fabrication de la connaissance scientifique et de l’articulation des pratiques thérapeutiques à l’endroit des corps humains. Si la mise en dialogue entre connaissances académiques, vécus individuels et partages d’expériences n’est pas le propre du féminisme, cette forme de pensée et de critique est primordiale, ce dans la mesure où elle a mis au jour depuis une vingtaine d’années les processus « d’invention du naturel » (D. Gardey & I. Löw) dans le champ de la médecine et des sciences. Mais loin de réduire le savoir scientifique et biomédical à une stratégie de domination, loin de prôner une « profanisation » des connaissances et pratiques sanitaires, loin d’individualiser les parcours de soin pour échapper à toute pression sociale, les études de genre proposent tout à la fois d’ausculter les catégories utilisées dans ce domaine, de publiciser le contexte de production du savoir, d’articuler théorie et pratique thérapeutique. Aussi ce colloque sera-t-il construit autour de trois axes principaux, à savoir 1. Genres et biologie, 2. Genres et épistémologie, 3. Genres et pratiques.
Discipline scientifique : Ethique - Médecine humaine et pathologie - Sciences de l'Homme et Société

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