Congrès de l' Association Française de Sémiotique 2019 : (Dés)accords : à la recherche de la différence propice

11-14 juin 2019
Lyon. École Normale Supérieure. Site Descartes, 15 parvis René Descartes, 69007. - Lyon (France)

http://congresafs2019.sciencesconf.org

Résumé La thématique du Congrès 2019 de l’AFS, accord et désaccord, traverse tous les plans de pertinence de la recherche sémiotique : de l’accord grammatical et musical qui opère sur des figures flexionnelles ou sur des notes, aux ententes et aux discordes exprimées argumentativement à travers des textes ; des dispositifs et des relations ergonomiques ou dissuasives entre sujets et objets aux pratiques des pourparlers et aux disputes ; du contrat ou de la pétition signés localement pour des raisons tactiques aux accords généraux prometteurs de formes de vie différentes mais perméables les unes avec les autres, toujours aux prises de mouvements internes d’association et de dissociation. Afin d’élaborer une combinaison de valeurs capable de corroborer leur potentiel expressif et sémantique ou pour introduire en revanche une fêlure dans une formation discursive harmonieuse ; afin de trouver un accord inespéré ou de briser une connivence tacite ; pour rassembler un collectif autour d’une mission ou pour semer la discorde dans une communauté de travailleurs ; dans tous ces cas, il faut trouver un terrain propice, à savoir une différence capable de catalyser de nouveaux liens de coexistence et d’interrelation. Présentation Le Congrès de l’Association Française de Sémiotique se tiendra du 11 au 14 juin 2019 à l’ENS de Lyon. Le projet scientifique de ce Congrès est sensible à la fois aux orientations actuelles de la sémiotique, visant à introduire une réflexion sur la gestion du sens dans les pratiques, complémentaire de celle développée sur les signes et sur les textes ; le projet est également sensible au contexte de réalisation de la manifestation, l’ENS de Lyon, le LabEx ASLAN et à la tradition du laboratoire ICAR, fortement liée aux études de l’interaction verbale et gestuelle. En ce sens, le Congrès veut renouer les relations de la sémiotique contemporaine avec les autres sciences du langage et accepter le défi d’une confrontation autour d’aspects concernant la complexité des systèmes et des pratiques langagières et l’écologie des langues. Cela dit, sémiotique des cultures, analyse de la conversation et du discours, linguistique de terrain doivent traverser aussi les domaines d’exercice des médiations linguistiques, ce qui implique l’acceptation de conditions spécifiques et de conceptualisations dédiées. Le Congrès s’est donné alors une thématique capable d’interroger théoriquement les chercheurs en sciences du langage, de la grammaire aux pratiques interactionnelles, tout en respectant l’émergence d’occurrences problématiques dans des domaines sociaux très différents. En effet, désaccord et accord se transforment, par exemple, en controverse et acceptation dans le domaine de la science, en dissension et consensus dans le domaine politique, en dispute et réconciliation dans le domaine religieux, etc.   Argumentaire Une thématique transversale La thématique du Congrès vise à investiguer, à partir de différents plans de pertinence proposés par J. Fontanille (figures, textes, objets, pratiques, stratégies, formes de vie), les tensions associatives et les tensions dissociatives qui affectent toutes les instances sémiotiques. Chaque organisation langagière et discursive problématise à sa manière la conciliation paradoxale entre consistance (tenue de l’ensemble) et différence (opposition des termes singuliers). Là où la coexistence des formes ne descelle une homogénéité ou une hétérogénéité de principe ou de norme, des terrains de confrontation et de réorganisation s’ouvrent en révélant des inventions syntaxiques et des tensions polémologiques, des groupements solidaires et des tensions intestines. Au fond, il n’y a aucune possibilité d’établir à l’avance si dans et entre les organisations une harmonisation sera plus rentable qu’une dissonance ou le contraire. Ne pouvant pas compter sur les moules disponibles pour continuer à dynamiser le sens, les sémioses sociales s’aventurent dans la formation renouvelée aussi bien que dans la déstructuration anticipée des médiations sémiotiques et des institutions de sens en cherchant à contrebalancer les risques pris avec l’actualisation d’un horizon prometteur. Cette recherche ne connaît pas non plus le plan de pertinence le plus propice pour étendre les plans d’un accord ou les prémisses d’un différend : parfois on cherche un mot d’ordre, souvent on envisage un texte décisif (manifeste ou pamphlet), quelquefois on préfère un monument ou encore on laisse les tensions vers la convergence ou la divergence libres de s’exprimer à travers des pourparlers, des joutes oratoires, des querelles ou des bagarres. Avec son regard transversal par rapport aux langages, la sémiotique peut comparer les dissonances et les accords musicaux, grammaticaux, architecturaux, etc. ; elle arrive aussi à étudier les (dés)harmonies entre les mailles polysémiotiques des textes syncrétiques ou entre les gestes et les mots d’une interaction. Le thème du (dés)accord soulève aussi la question critique de l’interprétation : l’orientation rationaliste vers l’entente qui dirigerait toute communication cache à la fois des accords tacites qu’il faut questionner et des exigences de rupture pour qu’une vérité historique ou scientifique puisse émerger asymptotiquement comme résistance. À ce propos, François Rastier a opposé une éthique du discord aux visions universalistes et rationalistes comme celle promue par Habermas. Le (dés)accord est aussi un intervalle de confiance/méfiance qui ajoute à l’horizon épistémique un traitement de l’indétermination dans les relations sociales ; au potentiel structural des discours, avec leur force performative, il faut alors adjoindre une gestion des effets perlocutoires et des ambiances (dé)favorables aux parcours de sens productifs, voire innovateurs. Par rapport au panorama classique des sciences humaines, l’attribution aux (dés)accords d’un rôle essentiel dans les sémiotiques des cultures ne peut qu’entrer en tension avec la prééminence traditionnellement attribuée aux contrats. Les (dés)accords fonctionnent comme une enveloppe prometteuse de tendances relationnelles favorables ou défavorables, irréductible à la signature locale d’un contrat. Ils signalent ainsi des principes régulateurs qui sont l’apanage des pratiques, démontrant en même temps un caractère réfractaire à leur réduction textuelle et à leur encadrement procédural. Les (dés)accords restent alors programmatiques et sensibles à leur évolution adaptative, ce qui semble les mettre en relation moins avec la détermination textuelle qu’avec la versatilité des figures et des signes, étant donné que ces derniers sont pris par deux tensions organisatrices compétitives : les systèmes linguistiques et les discours. En particulier, les accords et les dissonances sont traversés par des tensions syntagmatiques et paradigmatiques, des grammaires langagières et des logiques sensibles, des inerties traditionnelles et des potentialités structurelles. Ainsi, sans mettre en cause le rôle crucial de l’argumentation, le Congrès 2019 de l’AFS voudrait réfléchir sur les (dés)accords au-dessous et au-dessus de la textualité, de manière à tester comment les langages et les discours se positionnent par rapport aux harmonisations et aux dissociations qui échappent à leur potentiel structurant, ce qui ouvre deux perspectives : vers la matière et les supports des signes et vers les interactions praxéologiques et les formes de vie des acteurs. En inversant la logique habituelle on pourrait soutenir que ce sont les (dés)accords qui thématisent la constitution d’un signe et d’un texte. Par ailleurs, la protection du patrimoine sémiotique et du paradigme herméneutique qui en garantit la transmission relève des négociations et des contestations qui animent chaque milieu culturel. Axes de recherche I – (Dés)accords entre figures et grammaires Si l’accord musical semble fusionner plusieurs notes jouées en même temps (intervalles consonantes), en réalité l’empreinte de chacune reste présente, en préservant un corps et un saveur acoustique qui relève non seulement du timbre, mais aussi de la position d’exécution, des résonances passives, des notes à l’octave ou des notes étrangères, du geste et d’attaques différés (arpège), de la durée inégale, etc. La “couleur spécifique” de l’accord musical interroge l’accord en tant que facteur grammatical montrant une solidarité des sélections paradigmatiques et un transfert de catégories morphologiques d’une partie du discours (groupe nominal) à une autre (Riegel 1994, p. 896). Pourtant, l’accord affiche ses compromis et sa vision réductionniste par rapport à toute une série de facteurs tensifs divergents qui donnent à la méréologie partitive instaurée une texture spécifique. Comment les discours et les arts arrivent-ils à composer des accords consonants et dissonants et avec quelle contribution sémantique par rapport à la globalité du texte ? Un rôle important est joué par la notion d’harmonie, tout en sachant qu’elle relève toujours d’une conception culturelle spécifique de l’accord (distribution sonore, visuelle, gustative, olfactive, tactile), de l’équilibre (stabilité) et de la proportion (dosage). Une harmonie ainsi conçue ne peut que se heurter à d’autres cultures. En outre, le désir autochtone d’introduire une source étrangère ou une invention formelle pour innover ses propres traditions ne peut qu’amener à accepter, voire à valoriser des désharmonies internes. L’histoire des cultures artistiques peut exemplifier synchroniquement et diachroniquement les (dés)accords interculturels tacites ou explicites concernant la cohabitation des styles. Les (dés)accords révèlent ainsi leur nature concessive. « Être en accord », « être d’accord » ou « D’accord » sont trois locutions verbales qui à travers leurs oppositions morphologiques signalent aussi des valeurs sémantiques et pragmatiques qu’il faut soigneusement distinguer, ce qui montre la plasticité adaptative du substantif au co(n)texte. En effet, les trois locutions peuvent exemplifier un passage progressive de l’harmonisation préalable des perspectives intersubjectives (« être en accord »), à la compatibilité locale des points de vue (« être d’accord »), jusqu’au fait de concéder pour un instant à l’interlocuteur la reconnaissance de ses propres raisons (« d’accord », en particulier si la locution est énoncée de manière incidente à l’intérieur d’une argumentation plus ample et tendue). Cela dit, ce passage doit être décrit dans une perspective comparatiste de mise en regard des usages d’une langue à une autre. II – Les (dés)accords des voix énonciatives L’accord et le désaccord textualisés se déclinent forcement selon une polyphonie argumentative. En héritant la leçon des figures d’accord et de désaccord, les textes doivent exemplifier les tensions associatives et dissociatives, leurs dynamiques, leur distribution prometteuse ou décourageante des charges modales. À travers la dimension « verticale » des (dés)accords, concernant les délégations et les vicariats, les acteurs peuvent se substituer les uns aux autres par rapport au même rôle actantiel. À travers leur dimension « horizontale », les (dés)accords activent en revanche une dialectique entre harmonisation et discorde. Comment les textes arrivent à gérer ces deux dimensions des (dés)accords, en sortant d’un discours procédural rigide, voire d’un calcul algorithmique des positions et des opérations ? Les textes sont le lieu culturel privilégié de l’émergence d’une dimension critique capable de nuancer les oppositions, de compénétrer les axiologies et d’échanger les points de vue. III – L’ergonomie des objets et la réification des (dés)accords Le design des objets est soumis à une sorte de double contrainte : d’une part, réduire au minimum la communication nécessaire pour suggérer la bonne utilisation des objets et d’autre part, laisser des marges de manœuvre afin d’inviter les usagers à des appropriations individuelles, non limitées à l’exploitation stricte des fonctionnalités codées. Ainsi, un régime fédératif ainsi qu’une désolidarisation d’actants n’acceptent pas le caractère unilatéral des procédures ou la superposition entre saillances et prégnances qui serait constituée par des affordances généralisables. Si les (dés)accords sont à la base de l’ergonomie, l’objet en tant que médiateur peut symboliser lui-même la concrétisation d’un armistice ou la pérennisation d’une lutte : il devient « monument » qui solidarise les esprits ou qui les expose à l’inacceptable. IV – Le prélude interactionnel et l’engagement des (dés)accords L’accord et le désaccord montrent la vitalité d’un paysage de sens doté d’un caractère à la fois engageant et hétérogène. L’accordéon des tensions associatives-dissociatives ne semble pas accepter de rester dans le sillage des partitions définitoires. Quand la négociation n’est pas directe, il y a une série de pourparlers qui devraient conduire à l’accord. Les pourparlers sont des manœuvres d’enveloppement et de suspension des contradictions entre les parties ; cela dit, l’émergence d’une solution, l’accord, ou d’un différend insoluble n’a pas une forme prédictible. On commence à parlementer pour tâter le terrain et pour contourner progressivement les obstacles, par une tractation qui travaille, au départ, moins sur les enjeux de l’accord éventuel que sur la scénarisation de la confrontation. L’interaction est non seulement au cœur du traitement des (dés)accords, mais elle en exemplifie in itinere des formats possibles, afin de tester des sensibilités spécifiques, des désistements, des distinguos, des intervalles de confiance. Sur le plan syntaxique, l’accord peut avoir la configuration suivante : (i) la virtualisation des pourparlers, (ii) l’actualisation des bénéfices d’une concertation, (iii) la réalisation de l’entente, (iv) la potentialisation de la confiance en la fiabilité et en la productivité de l’accord. On voit bien que le degré d’engagement des acteurs impliqués dans l’accord est progressif, ce qui veut dire que les signalisations locales de désaccord sont aussi une manière pour détendre l’aspect contraignant des liens qu’on est en train de dessiner ensemble. Il faut contrebalancer cette vision assez irénique avec les formes d’entente institutionnalisée qui tiennent en mémoire des distinguos, voire des différends encore brûlants. Cela suggère d’enquêter le champ lexical des (dés)accords à partir de la conversion stratégique de cette mémoire relationnelle en déterminations modales spécifiques et engageantes : déontiques (armistice, traité, concordat, convention, etc.), volitives (compromis, consentement, conciliation, consensus, etc.), aléthiques (harmonisation, etc.). V – Stratégies de (dés)accord et écologie des liens L’aspect engageant des (dés)accords ne peut que motiver une forte réélaboration stratégique des pratiques. Dans les groupes ainsi que dans la vie de couple, la monstration affichée et le changement brusque de l’accord en différend répondent à une écologie des liens, avec une alternance locale d’investissement personnelle et de désengagement qui doit répondre à des formes d’implication générales : des pactes et des contrats sociaux. L’accord fonctionne comme enveloppe prometteuse qui ne se réduit pas à la signature locale des contrats. Si le contrat opère un tri sur les comportements pertinents aux enjeux interactionnels, l’accord cherche une harmonisation extensive (pluralité des opportunités) et cultive une indétermination générique de ses termes de validité. Le contrat social en tant qu’arrière-plan est imposé par la nature imperfective et l’esprit insoumis des mouvements d’association et de dissociation. On peut respecter la loi, sans pour autant être d’accord avec les mesures qu’elle prévoit. On peut violer la loi sans être contraire pour autant à ses principes. L’ordre des (dés)accords exprime un rôle complémentaire à la loi et enfin échappe à la normativisation, en montrant des pertinences situées ailleurs, sur un plan encore plus général (éthique) ou dans le détail (opportunisme). On peut donner son accord car on actualise déjà une autre scène pratique où on pourra s’accorder avec un bilan plus positif, compensatoire, voire avantageux. VI – Les (dés)accords dans le vivre ensemble Si le contrat convoque une instance tierce afin de contrôler le respect des pactes signés, les (dés)accords restent liés aux dialectiques horizontales du vivre ensemble, avec une compénétration d’existences qui a comme première appréciation un sentiment de compatibilité fructueuse ou une aversion presque épidermique. Au niveau des formes de vie, il n’y a des déterminations sémiotiques fortes et les (dés)accords relèvent d’une sensibilité affective et morale qui se développe des lisières subjectives, vers le groupe, la communauté locale, jusqu’à la nation. Par rapport à l’aspect “accoutumé” du contrat, l’accord libère la figurativité des acteurs et leur désir de continuer à se révéler. La contractualisation “directe” empêche la dimension concessive de l’accord, où en revanche aspirations et rationalisations, espérances et possibilités, vouloir et pouvoir trouvent des formes dynamiques de proportion et d’égalisation. Pour concilier restriction des aspirations et perception des avantages, les formes de vie impliquées dans les (dés)accords doivent reconnaitre que des éléments identitaires sont promus et que l’effet paradigmatique entre les instances associées/dissociées est digne de la mise en résonance des potentialités individuelles et collectives. La croyance est alors un élément fondamental des (dés)accords, tout en leur imposant une hybridité modale, entre la proximité cohésive de la confrontation et la distance dispersive qui sépare les regards des résultats. Appels à communications Les propositions de communication pourront s’inscrire sur un plan de pertinence spécifique ou proposer des regards capables d’intégrer plusieurs déterminations sémiotiques. Cela dit, on demande de préciser à la fois la perspective choisie par rapport aux axes de recherche et si l’on privilégie la discussion théorique, le traitement d’un corpus ou l’ étude de cas. L’interdisciplinarité est bienvenue, à la condition d’envisager une certaine forme d’intégration ou de discussion du patrimoine conceptuel partagé dans les sciences du langage et dans la tradition sémiotique en particulier. Les langues de travail du Congrès sont le français et l’anglais. En cas de communication dans une autre langue, prévoir une projection en français. Ces propositions de communication doivent préciser, dans un fichier autonome, les noms, le rattachement institutionnel de chaque auteur, une courte bibliographie individuelle, le titre de l’intervention. Un deuxième fichier, nommé avec le titre de l’intervention, doit se limiter à présenter de manière anonyme un résumé qui ne doit pas dépasser les 1500 signes espaces compris. Les deux fichiers doivent être déposées sur le site internet du Congrès (www.afs2019.fr) via l’onglet « Soumissions » entre le 30 septembre et le 30 novembre 2018.
Discipline scientifique : Linguistique

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