Névrose et la famille moderne

20-21 nov. 2014
Université Rennes 2 - Rennes (France)
Se détacher de ses parents, voilà selon Freud l'une des tâches les plus difficiles pour l'être parlant. Et d'ailleurs, chaque expérience analytique le vérifie. Dire n'importe quoi, ainsi qu'y invite la règle de l'association libre, reconduit nécessairement l'analysant à parler de son enfance. Déchiffrer son symptôme ramène à ce qui fait l'enfance, c'est à dire, précisera Lacan, « ce par quoi on tient à sa famille » . Mais justement, par quoi tient-on à sa famille ? Et en quoi cela pourrait-il déterminer, pour une part au moins, un symptôme ? Sur ce point, Lacan fut explicite : le parent est traumatique, en tant qu'il produit la névrose... innocemment . La radicalité de la thèse peut surprendre, tant Lacan souligna par ailleurs la participation de l'enfant à ce qui lui était transmis. Ainsi aura t'il démontré le poids décisif de sa rencontre avec le désir de l'Autre parental, mais aussi de la jouissance de l'Autre parental, qui est autre chose. Deux rencontres néanmoins laissant ouverte, c'est à dire jamais programmable, la façon dont l'enfant interprétera et répondra à ces opacités. En effet, ce que l'enfant rencontre ici est une énigme, qui le laissera intranquille. D'abord, celle du désir de l'Autre à son endroit. Tu me dis ça, tu me dis ça, mais pourquoi tu me dis ça ? demande l'enfant. Mais aussi, celle de l'union de ses parents dont il se sait être le rejeton. Comme le sont toujours les histoires d'amour des autres, celle-là lui restera incompréhensible. « Ce que je n'ai jamais compris, ce sont tes rapports avec papa, (...). Pour moi, votre vie commune, c'est une énigme » . Ainsi, ceux que l'on dit les plus proches pourraient être aussi les plus étrangers, dans leur désir, et dans leur jouissance. Extimité de l'Autre parental, certes plus ou moins voilée selon les cas, mais là de structure. Enfin, Lacan soulignera ce que ces expériences énigmatiques doivent aussi au malentendu que sèment, dans le lien de filiation, le langage et la langue. « De traumatisme, il n'y en a pas d'autre : L'homme naît malentendu » , en concluait-il en 1980. De quoi réinterroger, là-encore, ce qui dans le lien à l'enfant, fait trauma, puis symptôme. A cela, nous ajouterons aussi ce qui fait l'actualité de ces questions. Qu'est-ce que les discours qui impactent notre époque, auront ici changé... ou non ? Les récents débats sur la famille auront ainsi interrogé ce qui fait le lien à l'enfant. Dans cette ligne, nous savons combien les cultes modernes de la performance et de la transparence n'aiment guère les opacités, pas plus que les malentendus, encore moins les symptômes. Seulement, demandons-nous : que resterait-il du lien à l'enfant, ainsi nettoyé ? Que serait une éducation « réussie » ? Kafka, dans sa Lettre au père, y aura répondu : une « fureur » . A l'idéologie de la bonne éducation, Freud opposa jadis son diagnostic : éduquer est impossible. De quoi nous questionner aujourd'hui sur ce qu'est, cet impossible, et comment il donne chance, justement à ce qu'un lien à l'enfant advienne, qui ne soit pas anonyme.
Discipline scientifique : Sciences de l'Homme et Société

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